Histoire

Depuis un temps immémorial, la vigne couvre la majeure partie des côteaux de la région de Voiteur, dont les vins de haute qualité étaient connus et appréciés des Romains (d'après Pline le Jeune et Martial) au point qu'un édit de l'empereur Probus, en l'an 280, ordonna que l'on plantât beaucoup de vignes sur les collines favorables de Séquanie (ancienne Franche-Comté).

L'histoire du vignoble et du vin de Château-Chalon, appelé autrefois vin de gelée ou vin de garde, est indissociable de celle de l'abbaye. L'acte le plus ancien relatif à l'abbaye est un diplôme du roi Lothaire en l'an 869. Les abbesses devaient prouver 16 quartiers de noblesse pour être admises et celà explique le rayonnement qu'eut le vin de Château-Chalon dans les familles nobles de toute l'Europe.

Ce vin si cher aux abbesses, le fut aussi aux rois et aux empereurs : Henri IV n'en but-il pas deux bouteilles en signant son traité avec le duc de Mayenne !... Le vin de garde de Château-Chalon ne trôna-t-il pas, certains jours, en face du Tsar Nicolas II !... La reine Juliana de Hollande n'en a-t-elle pas dégusté à l'occasion de son couronnement !...

Cet élixir fameux, que le temps n'altère pas, eut toutefois un passé tumultueux. La révolution française dispersa le vignoble abbatial puis les maladies de la vigne - le mildiou, l'oïdium et surtout le phylloxéra - eurent raison de ceps centenaires qu'il fallut renouveler.

Dans un passé plus récent, les guerres et l'exode rural ont achevé de mettre à bas ce vignoble de prestige qui n'a dû sa survie qu'à l'obstination de ses vignerons et à leur volonté de voir leur appellation reconnue en 1936. Dans les années 1970 deux facteurs sont venus conforter cette rennaissance. D'une part le remembrement et l'aménagement foncier ont permis de remettre en valeur le vignoble; d'autre part les progrès de l'oenologie ont permis aux vignerons de maintenir ce grand cru parmi l'élite des vins français.

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Cépage

Le seul cépage utilisé pour l'élaboration du vin de Château-Chalon, comme pour tous les vins jaunes est le savagnin dont les anciens synonymes sont, entre autres, le naturé ou fromentin.

Son origine est mal connue. D'un point de vue botanique, il est proche du Klevener d'Heiligenstein cultivé en Alsace et appartient au groupe du Traminer. Aussi les légendes faisant état d'une origine hongroise ou espagnole n'ont jamais été retenues sérieusement . Certains textes laisseraient supposer que le savagnin était déjà cultivé au XIIIème siècle.

Il se caractérise par un port dressé, une feuille gaufrée et duveteuse sur sa face inférieure, des grains petits, à peau épaisse résistant bien à la pourriture et permettant une maturation tardive.

La vendange du savagnin se situe au mois d'octobre, deux semaines après celle du chardonnay.

Le raisin est vendangé manuellement, foulé et pressé. Le jus est décanté puis mis en fermentation. A l'issue de ces fermentations, le vin est soutiré et entonné en fût de chêne pour une durée d'au moins six ans et trois mois. Ces fûts de 228 litres sont entreposés dans des caves caractérisées par leur atmosphère sèche et leurs écarts de température entre hiver et été.

Pendant ces six ans les tonneaux ne sont pas complétés. On dit qu'ils ne sont pas "ouillés", c'est à dire qu'on ne remet pas de vin pour compenser l'évaporation comme cela se fait toutes les semaines en Bourgogne.

Il se développe alors à la surface du vin un voile de levures spécifiques qui vont travailler au ralenti dans l'obscurité des caves et donner à ce vin son caractère propre qui en fera l'un des premiers crus de France parmi l'élite des vins français.

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